Affiche de l'exposition de Florence Moulinet au Musée en Florentinois

Florence Moulinet expose tout l’été.

Exposition de l’été FLORENCE MOULINET Au-delà des mots

L’union des traits et des mots, c’est le paysage sensible que nous offre à voir l’univers de Florence Moulinet. Ici, le trait habite une forme humaine qui se nourrit du chaos des mots, organise un monde, assure une place à l’être. Dessin et texte forment une entité différente, chacun a l’autre comme face obscure et complémentaire.

Ce qui fait la force de l’œuvre présentée, c’est cette idée de remonter vers le passé pour que le présent prenne force dans un avenir qui s’ouvre à d’autres temporalités. Ce qui parfois semble avoir été tu ou sous-entendu dans les textes, Florence Moulinet les traduit picturalement. Si le bruit des mots fait souvent société, le silence du dessin est parfois requis pour faire entendre la vérité profonde de la parole. Mais ce qui manque parfois, ce n’est pas tant le silence que l’écoute.
Alors Florence Moulinet se fait humblement la traductrice fidèle et silencieuse de l’auteur mis en exergue. Le lien étroit qu’elle réalise avec cet auteur rythme sa respiration et alimente ses inspirations.
De cette union nait ce qui se tient dans ce grand recueil de dessins qui se donne là, au-delà des mots. Il s’écrit dans la clarté propre des textes accompagnés, mais également dans ce qui a pu venir à la parole en elle sous sa main.


C’est pourquoi ce récit pictural prend toutes formes et se nourrit de tous les supports plastiques : encre, crayons aquarelles, collages… L’unité la plus forte est celle qui habite parfois les contraires et les opposés, d’où notre difficulté à voir, à imaginer cet ensemble comme tel.

Affiche de l'exposition de Florence Moulinet au Musée en Florentinois
Affiche de l’exposition de Florence Moulinet au Musée en Florentinois

Nous visualisons ou n’entendons parfois que ce que nous disent les mots en surface, un peu comme nous ne voyons pas la lumière, mais ce qu’elle éclaire. Ici Florence Moulinet se fait poétesse du poète, pour explorer avec ses doigts ce qui susurre une autre orientation, un autre dire.

Le dessin peut alors venir de la présence, de la découverte d’un ailleurs, de l’en-dehors, de l’étrange qui transpirent derrière les nombreuses citations connues ou inconnues de l’exposition. Et c’est spatialement que Florence Moulinet nous invite à reconnaitre d’autres modes d’être au monde sous la cendre des mots. La peintre se fait alors passeuse de ce qui fait irruption en nous sans le savoir.

Ce paysage intérieur, qui dessine l’autre côté du réel, l’autre possible, Florence Moulinet tente de le formaliser. Les mots deviennent alors œuvre de calligraphie, danse vivante du noir et du blanc, traits et sens parfaitement unis à l’invisible. La langue est le pinceau de l’écrivain. C’est elle qui permet au sens de vibrer, de résonner de telle sorte que la phrase dessinera quelque chose en nous.

Florence Moulinet porte ici les mots au-delà de ce qu’ils nous disent parfois pour accompagner amoureusement le trait premier de l’écrivain, ce battement fondateur qui consiste à intensifier l’émotion de celui qui le reçoit. Ainsi Florence Moulinet emprunte en permanence les pas de l’écrivain, posant des traces et des couleurs qui se lient ou se substituent aux mots, recomposant à mesure la musicalité de l’œuvre, l’harmonie de ses nuances, la force de ce qui s’y cache, sa profondeur, son intériorité, sa sensorialité, sa fragilité. L’artiste s’abandonne à la vague des mots, pour renverser aussi nos visions, nos certitudes premières. Et l’on aime dériver doucement en sa compagnie et voyager avec elle de l’autre côté du miroir.
Alain Vasseur / Itinéraires Singuliers